La Richardais

 

Aux lunes gibbeuses le chenal se complait aux recès.

Sur la grève aux limons retenus et sous le poids d’une rame très ancienne, la barque définitivement chavirée se plaint à l’encoche de godille de n’avoir plus rien à attendre... pas même la salinité d’un regard ou l’acidité d’une paume. Le souvenir des vagues sauvegarde.

 

Désespérant tressaillement d’une onde sur l’inoffensive étale. L’ondée, à la partance des doris, percute l’aube et l’odeur de fraîchin des cirés. Le chalutage sera bon.

 

L’hurlante colère du ressac, l’anfractuosité sonore des roches, lève l’écume à la hauteur des compromis. Arbitrage imprédictible pour qu’enfin le vent, inquisiteur des temps, la répande au jusant, délaissée.

 

 

La cale un été 46

 

Ses galaxies ne brillaient pas sous nos côtes d’émeraude.

Parlant la langue des tempêtes, incomprise,

personne d’entre-nous n’entrevit plus

la persienne bleue dont les traits un instant,

masquaient des yeux profonds de centaurée

et la blondeur de seigles mûris à nos jeux.

 

Nous l’appelâmes Léila.

 

Et l’été disparu sous les brumes d’automne,

nul ne la revit plus sous le tulle léger des fenêtres.

Seule, une vague un matin s’approcha, venant d’un nord mythique,

pour m’en dire, discrète, la gourmande tendresse.